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Polygone étoilé
1 rue Massabo
13002 Marseille
polygone.etoile@wanadoo.fr
09 67 50 58 23

Plan d'accès






Le Polygone étoilé : un lieu
et la Semaine Asymétrique, un moment



Le Polygone étoilé est un lieu.
Un lieu de travail toute l’année, où se retrouvent des individus qui font des films, entrelacent leurs avancements, leurs difficultés, leurs questions, leurs pensées.
Un lieu qui toute l’année dans un quartier de Marseille travaille avec ceux qui vivent là à échanger sur, avec et par le cinéma.
Des films se font, des films se voient, en pellicule 16mm, en 8, en 35, en vidéo, en numérique aussi.
Polygone signifie plusieurs côtés.
Etoilé peut-être considère les angles et va plus loin.
Le Polygone a des fondateurs, certains toujours présents, des adhérents de longue route, et des nouveaux arrivants. Le collectif est un fondement.

Le Polygone étoilé est un lieu qui une fois l’an accueille au travers de la Semaine asymétrique - qui compte parfois dix jours et pas loin de dix nuits - des spectateurs dans une salle de projection confortable pour eux.
Le travail du Polygone y est montré, et d’autres réalisateurs sont invités à présenter le leur.
Une semaine donc de projections depuis le matin jusqu’au soir. Les journées ne se ressemblent pas plus que les films.
Ce n’est pas un festival. L’entrée est libre, la sortie aussi.

Avant chaque film un membre du Polygone présente le réalisateur, qui peut parler s’il le souhaite, et le film est lancé. La projection dure quelques minutes ou quelques heures, ce qui nécessite des changements de bobine. On a le temps, on le prend autour du film proposé (offert) en partage. Certains se présentent achevés, d’autres sont une étape avancée d’un travail en cours. Les films sont reçus dans cette disponibilité, tels qu’ils sont.

Ensuite un débat a lieu. Des micros circulent qui enregistrent des paroles qui ne se chevauchent pas. Le/la réalisateur/trice répond, explique, entend lui aussi. Par touches se construit l’ajustement entre lui, ce que l’on a vu, ce qui a été montré, ce que l’on imagine avoir vu, ce que l’on aurait aimé voir, ce que l’on croit avoir remarqué … L’échange de paroles accueille le film, et répond au film que le réalisateur a montré. Il se poursuivra sur le seuil où l’on sort pour fumer, ou à l’étage où sont partagés les repas. A l’issue de la Semaine Asymétrique, des films se sont rencontrés, éclairés, qui parlent du cinéma au présent, du cinéma, et du présent.

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Au fil des ans les réalisateurs sont venus, et revenus. Outre ceux que le collectif assemble, pour cette Semaine Asymétrique d’autres les rejoignent qui apportent d’autres horizons, ou en dessinent de nouveaux : dans la manière de penser un film, de le préparer, de le fabriquer et de le partager.

Ce moment est devenu vital et vitalisant parce que le paysage a changé. Parce que les producteurs, qui furent les traditionnels interlocuteurs des réalisateurs, ont changé.
Parce que les télévisions ont pour beaucoup remplacé les salles, sauf rares exceptions, et que le dialogue avec les télévisions peut ne pas convenir à tout le monde. Le cinéma a toujours à débattre avec l’argent, avec le travail, mais la question de l‘argent au cinéma – de la pellicule argentique – n’est pas tout à fait celle du marché.

Pendant quelques années, en se mobilisant beaucoup, les réalisateurs ont aidé les décideurs des collectivités à construire le soutien au cinéma dans les régions, qui maintenant répondent à leur tour aux exigences du marché (des télévisions). C’est une puissance considérable dont les producteurs, qui vivent de cet argent, sont devenus dépendants, et les réalisateurs ont été peu à peu écartés.

Or les manières et les inspirations qui président à la fabrique d’un film sont multiples, comme pouvait l’être au XIXe siècle le travail des peintres. Et de même qu’il y avait le Salon, soutenu et inauguré par les dispositifs du pouvoir et du marché, et les Indépendants, nous assistons à cette possibilité croissante de la coexistence d’une production audiovisuelle institutionnelle riche et l’émergence d’objets cinématographiques indépendants, et pauvres.
La hiérarchie des genres mise en place par l’Académie Royale de peinture en 1666, puis le règlement des Salons officiels, n’ont pas empêché Chardin de faire des natures mortes, ni Courbet d’installer son pavillon du Réalisme à côté du Salon. L’histoire nous aide seulement à constater que pour les artistes les conditions de travail demeruent difficiles, et qu’il leur revient toujours de trouver leurs dispositifs pour pouvoir travailler et soutenir leur désir de fabriquer des films.

Et c’est en particulier sur cet aspect du travail que l’existence de la Semaine Asymétrique, exceptionnelle sans être unique, est peut-être le signe d’un temps nouveau à venir. Des formes se cherchent, et se trouvent, d’une alternative à l’exclusion d’un système de production qui tend à perdre de vue une certaine idée du cinéma, et éprouve d’une violence sourde les réalisateurs.

Ces rencontres de la Semaine Asymétrique ne sont pas nées d’un projet mais de la réalité de travaux conjugués par les membres du Polygone Etoilé, qui mettent en perspective la rigueur et les exigences de ce que pour eux faire un film exige de chacun.

Des films qui se font dans la solitude du temps et des expériences trouvent ici un premier public attentif, attentionné, et sans concession.

Car la conversation qui suit une projection n’est pas un moment anodin. Les invités sont libres de leur parole, qui peut être aigüe. C’est une école : chacun peut entendre la parole d’un autre sur un film sans l’assimiler à une évaluation qui aurait vocation de distribuer des notations.
Le débat est le lieu de la critique, qui est un effort de la pensée, différent de la facilité qu’il y a à applaudir et se congratuler entre soi.

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Dans le paysage nouveau qui se dessine, réalisateurs et spectateurs le temps de la Semaine Asymétrique sont les uns pour les autres des interlocuteurs privilégiés.
Dans le silence qui suit la projection, les échanges sont précis et riches d’une attention portée au film.
Dans la salle, certains font l’effort de formuler quelque chose sur leur réception qui permet aux réalisateurs qui l’entendent de poursuivre. Les applaudissements peuvent surgir inopinément, ils ne sont pas consensuels. Ils traversent parfois la salle comme une brise de printemps.

Dans ces échanges se partage et se défend un intérêt vital pour un cinéma qui n’est pas celui du spectacle. Faire un film n’est pas un acte anodin, ni ici le projet d’une entreprise commerciale.

Les réalisateurs ne se retrouvent pas pour décliner leurs parcours de combattants, leurs stratégies, leurs stratagèmes, mais autour de films qui sont, cette semaine-là, proposés là.
Ils n’affirment pas que la marge serait le lieu de la qualité. La marge n’est pas un label d’excellence, c’est un concours de circonstances, une époque, une conséquence d’une politique générale orientée par un marché qui implique une certaine idée du spectateur.

Le temps de quelques journées, la Semaine Asymétrique affirme que s’il y a marge, elle peut être un centre pour des réalisateurs jeunes et vieux, pour lesquels faire des films engage un certain rapport au monde, et donc aux autres.
Voir des films et en parler est un acte de cinéma adossé au travail de réalisation. C’est une nécessité.

Aussi n’est-ce sans doute pas pour rien que le Polygone étoilé accueille et porte jusqu’à leur lumineuse projection devant un plus large public des films d’anciens qui auraient pu en rester là.
Le Polygone étoilé peut se reconnaître dans les trajectoires de réalisateurs fameux, furent-ils tels il y a peu les Straub, Kramer ou Marker, peu connus du grand public, mais mieux encore le Polygone Etoilé réinvente sa cartographie en portant à leur point d’achèvement des films suspendus un temps dans leur élan.
Ce travail patient est une nourriture pour tout le monde.
            


En se situant au bord de la Méditerranée, le Polygone rayonne sur une frontière mobile et ouverte, qui travaille avec la question de l’indépendance et en renforce la possibilité.



Stieglitz à propos de sa galerie An American Place qui prit la suite de la Galerie 291 écrivait : 

Pas de séance de presse
Pas de vernissages
Pas de cartons d’invitation
Pas de réclame
Pas de règle
Pas d’ismes
Pas de théorie
Pas d’enfantillage
Pas besoin de raconter sa vie
Pas de décors sur les murs
à part ce que vous voyez

L’on sait ce que ce lieu, ces lieux, ont eu de fondamental pour beaucoup. L’histoire nous dira peut-être que le Polygone étoilé n’aura pas eu moins d’importance pour une actuelle génération de réalisateurs, jeunes et vieux.

De la Semaine Asymétrique, nous pourrions dire :

Elle n’est pas un festival
Ne fait pas de publicité
Ne juge pas les films
Ne demande pas aux spectateurs de se taire
N’est pas un remède aux difficultés qu’il y a à faire un film
Ne crée pas une marge
N’est pas une rencontre d’experts
Ne consomme pas le cinéma
Est ouverte au public





Sylvie Nayral, novembre 2011
Avec des dessins de Raphaëlle Paupert-Borne

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