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Polygone étoilé
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CONVERSATIONS

Depuis la Semaine Asymétrique 2010 "La Cité Maison de théâtre" et Film flamme ont concrétisé enfin leur désir de collaboration. Des étapes de rencontres publiques marqueront de loin en loin le chemin pour partager l'expérience, la réflexion et les réalisations de chacun sur la réalité des "ateliers de création grand public".

Extraits de ces dialogues et quelques autres dégâts collatéraux.... qui émaillent les relations entre la "Maison de théâtre" de la rue Edmond Rostand à Marseille et "le Cinéma International de Quartier" de la Joliette.


Conversations # 1


Message du 16/11/10 16:55
De : "Philippe FOULQUIE"
A : "Nespole"
Objet : Rencontre du 26/11


Salut Jean-François,

Je viens de recevoir cet e-mail de la Cité annonçant cette réunion avec le Polygone étoilé le 26 novembre à 16h30. Malheureusement, ce jour là nous accueillons une journée préparatoire à un colloque à venir sur les villes "créatives" organisé par le Goethe Institut de Paris-France et le centre Franco-Allemand Tubingen d¹Aix.
J¹essaierai de vous rejoindre, mais j'avais beaucoup de choses à dire à ce sujet, pour avoir partagé plusieurs réalisations de ce que l'on peut appeler ce "mode d'écriture" avec des gens plus ou moins connus (Armand Gatti, Christiane Véricel, Alain Platel, Livia Patrizzi, et bien d'autres).
J'aime à faire remarquer que c¹est par ce mode d¹écriture que la même année, en 2008, la Palme d'Or de Cannes et la création de Peter Sellars au Festival d'Aix, ont été réalisées.
Mais cela apparaît comme des expériences exotiques alors que dans les deux cas, elles procèdent d¹une décision artistique de leurs auteurs.
Je pense d¹autant qu'il y a là un vrai sujet que trop de ces réalisations se font actuellement pour que ne se pose pas une question à débattre. Comme s'il fallait par cette implications de personnes et de leurs vécus recomposer des rapports de l'Art et de la Société des hommes de maintenant.
J'essaierai donc de vous rejoindre.
Bonne journée en tout cas.

Philippe Foulquié

PS : pensez vous avoir fini vers quelle heure ?


Le 16/11/10 21:15, Nespole (alias Jean-François Neplaz) répond (texte en caractère normal ci-dessous)


Message du 17/11/10 12:23
De : "Philippe FOULQUIE"
A : "Nespole"

Mes commentaires sont essayés entre tes lignes en italique.


Cher Philippe,
cet après-midi là, nous discuterons entre "pratiquants professionnels" de 16h30 à 18h30, ensuite nous projetterons des films à partir de 19h00, c'est dire que la discussion continuera en public. S'il n'avait tenu qu'à moi on aurait inversé les séances. Car on ne considère jamais assez le public comme l'âme de ces ateliers et je me sens un peu "usurpateur" de parler "en dehors" ou avant l'acte fondateur qui est la diffusion et qui appartient en premier lieu à ceux qui font les films et à ceux qui les regardent : pour ce qui nous concerne les habitants du lieu où nous accompagnons ces ateliers.

En ces lieux comme en d'autres, existent une sorte d'atmosphère de travail qui doit beaucoup à la curiosité, voire à la gourmandise des participants. Et même les deux.
Mais en tout cas, je suis bien d'accord avec toi que discussion et commentaires doivent succéder à la découverte, qui en outre, est la raison d'être de ces débats.
Ce qui reste de l'atelier, ce qui témoigne avec une prétention possible à quelque objectivité en tout cas, est très rarement ce que peut en produire la mémoire. De quoi parle-t-on si ce n'est pas d'oeuvre en l'occurrence.
Sans souci de Palme d'Or, en plus, non. Rien que cette existence concrète et irrévocable, la formulation d'une expérience, d'une tentative. Donc je suis d'accord, sauf à considérer que "la projection" est le moment de détente après que la pensée se soit un peu fatiguée, ce qui est peut-être une explication. Donc je n'irai pas plus loin sur ce chapitre.
Par contre nous pouvons reprendre après les projections un débat entamé avant, même partiellement. Le débat n'interdit pas les redites et on a le temps : on a toujours toute la Vie devant nous.


Je sais ton point de vue par exemple, mais pour parler avec toi, je voudrais par exemple que tu aies vu nos films d'ateliers (selon le mot d'usage, pauvre mot mais qui renvoie à une sorte d'origine ouvrière). Non pas que ce soit un "modèle absolu", mais comme ils portent à l'extrême, d'un côté la "difficulté technique" (l'usage du 16mm) d'autre part le "retrait" des auteurs (même pas toujours cinéastes) qui
accompagnent les habitants... Il faut admettre qu'ils constituent une mise en oeuvre de ce que Rancière appelle "Le maître ignorant", comme on l'a rarement vu "en vrai".

De même que je tiens absolument à appuyer ma compréhension de ce “mode d’écriture” sur la réalité concrète qui en témoigne, de même j’aimerai vraiment me mettre à regarder vos oeuvres et vos travaux. La question de l’excellence artistique – je bannis le concept d’excellence depuis la distribution des prix de mes premières écoles, avant les vacances -, ne m’intéresse vraiment pas, mais la Palme d’Or signifie que ce type de démarche a réussi à s’imposer là où on la récusait, même si, en l’occurrence ce n’est pas une grande palme d’or.
Donc c’est plutôt dans les pratiques et leurs exigences que je vais peut-être pister quelques raisons de mon accord, voire de mon enthousiasme, avec ce qui m’est proposé. Pour partie en tout cas, car j’aime assez me faire confiance, à rassurer mes intuitions quand la découverte d’une oeuvre provoque mon acquiescement.
Car, même si j’adore la Pensée et ses petits jeux et aussi les conversations qu’elle induit, je ne crois pas vraiment fonctionner
intellectuellement quand je découvre une oeuvre.
A propos de Rancière, il ne doit pas y avoir que du hasard s’il ranime en ces temps l’histoire du maître ignorant, même si on peut craindre un enthousiasme assez naïf, comme si la solution se trouvait là à tant de questions sur la transmission et l’enseignement. A ce propos, j’ai un ami qui vient de boucler un colloque avec Rancière sur cette thématique du “maître ignorant”.



Je n'ignore pas les expériences auxquelles tu te réfères (Gatti en tout cas). Et notre action ici hérite largement de ces créa(c)tions...
Nous avons même réalisé un travail qui fera date, en exhumant les ateliers cinématographiques du pays minier initiés par Pierre Gurgand, qui fera l'objet d'un film distribué en salles à partir de mars prochain ("Flacky et camarades" monté par Aaron Sievers avec le soutien de la région nord) qui réévaluera le geste de" l'éducation populaire".
Mais je crois que nous sommes allés un peu plus loin, surtout nous avons pris la mesure d'une nouvelle époque.
Celle de l'auto formation, des autodidactes...

Effectivement, je veux mieux connaître ce que vous faites (mes devinettes ne font pas tout le tableau).
Ok pour la nouvelle époque : j’avais, gros naïf, proposé à Latarjet de débattre de cela, de ces “nouvelles écritures”, considérant la réalité, interdisciplinaire en outre, de ces pratiques même si tels ou tels “créateur” ou opétateurs tendent à mettre ça sur le dos des misérables budget culture des politiques de la Ville. Tu parles !!!



Nous allons vivre dans le cinéma une forme de révolution telle que la danse et la musique la vivent avec le Hiphop. Et si nous nous situons sur une ligne de fracture entre l'art de quelques uns qu'est le cinéma "historique" et l'art de tous qu'est le cinéma qui vient, entre l'industrie lourde d'hier (et qui ne pousse pas à la révolution, c'est peu dire !) et des formes économiques à imaginer... nous essayons de faire en sorte que cette fracture soit une blessure vive, qu'elle soit pensée, vécue, interrogée. Nous pensons même que ce qui se passe ressemble de près à l'origine du cinéma.
Peut-être même le cinéma rendu à lui-même, au temps ou M. Gaumont demandait à sa secrétaire Alice Guy, de réaliser les films... Il savait bien lui que ça n'avait rien, mais alors rien à voir avec le commerce ! C'était bon pour les prolos de faire les films. C'était en 1896... Hier.

Aussi, quel que soit le moment où tu nous rejoins, ce sera une bonne chose, et si le dialogue a lieu en public... ce sera l'idéal dans ce qui est ma conception des choses.

Quant au fait des films primés à Cannes, si je le vois avec le sens que tu lui donnes, j'y vois aussi le signe des errements et interrogations qui traversent le milieu (l'industrie)... Dans l'espoir de trouver sa place, de ne pas rater le "train de la Ciotat" comme ils ont failli raté le précédent et beaucoup d'autres depuis (à commencer par la video !)...
La cerise sur le gâteau c'est l'oscar d'Hollywood à Godard ! Le type le moins rentable de l'histoire du cinéma (rapport prix-spectateurs) !.. le dernier des marxistes au
cinéma peut-être !
Si j'étais la patronne du CNC (l'ex) je me ferais nonne. Le désaveu de toute sa politique venu d'outre Atlantique ! Elle (eux) qui bosse comme des malades pour se faire aussi gros que le boeuf, se faire enfler par un petit suisse... Comme on dit
là-bas : ils sont chocolats...

Tiens, le p'tit suisse, il en a fait, lui aussi des "ateliers"...

Et il y a déjà au moins trente ans ! Il avait pas raté la vidéo lui. Tiens, je me suis offert le DVD Socialisme



Je t'embrasse

à vendredi 26 (on pourrait dîner ensemble, après, non ? )



Conversations # 2

Le "Lumpen prolétariat"* du cinéma !


Nous concevons nos ateliers cinématographiques comme un établi. Une table de travail avec les outils dont chacun peu se servir après une brève explication rudimentaire de leurs fonctions.


A ce moment précis nous passons la main, libérant l’espace à la création, la réalisation, l’imaginaire de l’autre, sans règles autre que la forme la plus simple la plus directe; une caméra, une bobine tournée montée… Quelques bobines de son… Avec les outils qui ont le poids du cinéma: une caméra 16mm et le Nagra et une paire de micro cardioïdes…

Tout est bon à prendre sous la seule condition que c’est bien le film que porte le réalisateur et qu’il puisse le mener jusqu’au public.
La table de montage n’est guère plus qu’un ciseau a bois pour ciseler les sons, ciseler l’oeuvre… C’est bien d’œuvres cinématographique dont il s’agit, peut être pas « la grande œuvre », mais un geste de création cinématographique indépendante qui en vaut bien d’autres.

Ceci est notre tambouille, ni mieux ni moins intéressante que la production de film d’ateliers que nous pouvons rencontrer plus généralement, à ceci prés qu’elle revendique une totale liberté, loin des conventions bien apprises, des devoirs. Ils n’ont pas d’utilité et relèvent du « stakhanovisme de l’inutile » ils ne sont que création, un espace autre, surprenant, de légèreté, un geste de cinéma.
C’est cet horizon qu’ouvrent et oeuvrent, ces films.

C’est pour ces horizons que nous nous acharnons. Je suis toujours surpris de voir ce qu’une simple bobine de ce « cinéma d’amateur » contient en rythme, récit et gestes cinématographiques.

L’existence, la réalisation, des films d’atelier est admise, soutenue, et nombreux sont les réalisateurs, structures et associations qui en tirent une « part d’activité », pour autant ils ne connaissent que peu de reconnaissance en tant que réalisation cinématographique. Ils sont aussi un gagne pain pour beaucoup d’entre nous, et, malheureusement aussi, souvent le reflet des espérances déçues des réalisations des personnes qui les "encadrent".

C’est dans cet ensemble amalgamé que le bât blesse ; les soutiens se commuent en commandes, commandes qui se font plus « pressantes » au fil des années et des conjonctures, poussant même jusqu'à l’obligation de « collaborer » aux dispositifs d’un système qui nous est souvent antinomique et doit peu à la réalité du cinéma. L’œuvre elle-même, dans cette visée, n'a pas de poids en tant que telle, elle ne sera pas poussée à être montrée, être vue, ou alors juste pour un "bilan" ; le travail à été fait. Un tampon sur le bas de la page, la signature d’un chèque. Seul compte alors le dispositif ; donner en main, ou, occuper le peuple ? "Donner la parole" pour la reprendre, l’étouffer, ensuite.
Il n’y a pas de « sous-hommes » ! Y aurait-il, pourtant, des sous créations cinématographiques ?


Pourtant créer c'est rendre réel ce qui ne l’était pas… En somme réaliser...
Comme on pourrait dire qu’une peinture abstraite n’est plus abstraite quant elle est sur la toile, réalisée.

La création cinématographique des ateliers; le "Lumpen prolétariat"* du cinéma ? Des oeuvres subventionnées pourtant qui ne trouvent pas de reconnaissance en dehors de leur "fonction sociale" (qui irait sans dire ?)...
Comment les cinéastes indépendants se libèrent de cette "commande sociale"... ?

Je ne mets pas en cause ici, le travail social ni les liens que peuvent tisser les unités cinématographiques et les réalisateurs avec des structures sociales, mais la fonction qui en émane souvent ; soigner les blessures qu'inflige notre société, mettre dans les rangs !

A mon sens, l'art, le cinéma, se doivent de rester affranchis de ces questions là , pour ne pas dériver dans la norme, le produit. C'est dans cette liberté là , cette excentricité là qu'ils ont une implication, un engagement politique et social.

Toute oeuvre n'a pas d'existence, d'existence sociale, sans mise en public. Si les réalisateurs indépendants, aujourd'hui ne revendiquent pas une diffusion, la plus large possible, de leurs films et de tout film dont ils ont impulsé l'existence, alors nous retournons aux âges des croyances pieuses, attendant un miracle d'une révélation subite !

Dans la fumée épaisse de cet opium là , cette dépendance là , après une rude journée d'atelier, au combien d'entre nous rèvent pourtant que le saint esprit les mène jusqu'à Cannes !

Aaron Nikolaus Sievers
Novembre 2010


*lumpen proletariat: prolétaire en haillon.
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